Certains, après la sortie de « Main basse sur l’école publique », (1)
n’ont pas voulu croire, au moins dans un premier
temps, dans la radicalité des postulats et parti-pris
idéologiques qui avaient présidé, comme nous le
dénoncions alors, aux mesures initiées par Xavier
Darcos. Puis la « fusée des réformes » a décollé, et
les yeux de nombreux citoyens, au-delà même de la
communauté éducative, ont été décillés. Les atteintes
graves au service public d’éducation se sont succédées
à un rythme infernal, de la suppression annoncée de la
carte scolaire à une survie problématique des IUFM et
des maternelles, de la confirmation, pour les
communes, d’une obligation de chèque-éducation au
bénéfice des établissements privés, au plan banlieue
encourageant la création de nouvelles écoles privées
catholiques, en passant, bien sûr, par des
suppressions de postes d’enseignants (dont les RASED)
planifiées sur au moins deux années, par dizaine de
milliers, entraînant, ici, des suppressions de classes
et même d’écoles, là, l’explosion des effectifs par
classes, pour le public.
Une
vigilance démocratique s’est fait jour au fil de
l’automne 2008, authentique réveil citoyen, soucieux
de voir survivre l’idéal républicain d’une école
publique, gratuite et laïque. Des parents d’élèves
s’inquiètent ainsi de ce qui apparaît a minima,
comme un désinvestissement des pouvoirs publics, de
sa mission éducative, pourtant inscrite dans la
Constitution. Certains s’interrogent avec acuité : «
Aujourd’hui, nous pouvons
légitimement nous poser la question: l’Etat a-t-il
toujours les mêmes ambitions en ce qui concerne
l’instruction de ses citoyens et l’intérêt commun
de la société portés par un service public
d’éducation de qualité soutenu par une volonté
politique forte? »
Réveil
significatif d’une prise de conscience nouvelle et
qui se généralise, du fait que les coups portés à
l’institution-Ecole font partie d’un plan d’ensemble
dont la perspective et les fins non seulement, ne
sont pas portées au débat public, mais sont tout
bonnement occultées. Prise de conscience d’autant
plus inquiète, que, comme nous l’avons déjà pointé
du doigt, plus personne aujourd’hui, ne pose plus
sur la table, une question public-privé prétendument
dépassée.
A
l’heure d’une rigueur inégalée, qui pour reprendre
l’expression d’observateurs, s’est aujourd’hui «
attaquée à l’os » du service public d’éducation, jamais
dans le même temps, l’Etat n’avait autant organisé
la concurrence de son propre service public.
Certes, la République n’est plus
aussi directement exposée qu’elle a pu l’être en
diverses occasions de son histoire, de ses débuts,
à l’obscure parenthèse de Vichy. Cependant, en
changeant ainsi radicalement la conception de son
école, en son organisation, en ses finalités et
ses missions, c’est l’âme même de cette
« République sociale », rétablie après-guerre, qui
est altérée par le détournement actuel des
principes d’égalité, de laïcité et de liberté de
conscience. « On n’enseigne pas la
liberté, et en premier lieu la liberté de
conscience, quand l’enseignement repose sur un
dogme prétendant détenir à lui seul la vérité
absolue. Et on n’enseigne pas l’égalité quand
c’est l’argent qui fait la différence de
l’accueil au service des élites et des gens
fortunés. »
Alors qu’une forme
d’omerta entoure la question scolaire
Public-privé, ce livre a ainsi, vocation à faire
vivre le débat démocratique, en opposant à la mort
programmée de l’école publique et laïque, une
contre-offensive citoyenne et républicaine.
République contre son école ,
Eddy KHALDI, Muriel FITOUSSI, Demopolis.
(1) Le
Monde, 27
septembre 2011, article de Maryline
Baumard : « Dans Main basse sur
l’école publique, un
livre à succès sorti à la
rentrée 2008, Eddy Khaldi et
Muriel Fitoussi montraient que
l’école privée était
instrumentalisée pour concurrencer et démanteler le
service public »
Parution 14 novembre 2011

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